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  • : BELOUIN NICOLAS
  •  BELOUIN NICOLAS
  • : Une traversée de la manche à la nage en maillot de bain.
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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 23:28

 

DSC02748Et surtout, quel plaisir de la partager avec vous !!!

 

Si je devais résumer cette réussite, elle tiendrait dans les mots : travail, accompagnement et encouragements.

 

1. Travail :

 

Il n’y a malheureusement pas de secret, le travail est la condition sine qua non de cette réussite. Ma préparation était surtout bien plus adaptée qu’en 2008  :

 

 - L’avantage de disposer d’une bassin de 50 m couvert  à Abbeville.

 - Une prise de poids en masse graisseuse plus importante (+ 8kg qu’en 2008).

 - Des entraînements en eaux froide accessibles en picardie maritime et en Angleterre...

 

2. Accompagnement :

 

Il y a en revanche sur ce point un facteur chance. La chance d’avoir été entouré par les bonnes personnes. Je dois tout d’abord remercier mon épouse Kitou, qui était très mitigée à l’idée de renouveler la tentative, et m’a, malgré tout, soutenu dans le quoditien dès la réservation du pilote.

 

Je dois ensuite remercier Jérôme DUBOIS. Ce père de famille qui a pris le temps, malgré son travail et sa vie familiale, de m’escorter dans la plupart de mes sorties en eau libre. Parfois en Canoë, parfois en kayak, parfois depuis la plage. Merci Jérôme pour tout, ton engagement et ton efficacité sont à la hauteur de ta discrétion !!

 

La chance d’être accompagné par l’équipe au grand complet le jour J :

DSC02677-copie-1.JPG

 

- Anne-Sophie GOETGHELUCK, d’Abbeville, à la logistique diablement efficace.

- Pierrick CHAZELLE, qui a réussi à venir de Clermont-Ferrand et on sait ce que ça lui a coûté dans tous les sens du terme ;-).

- Cyprien CHIRON et Marina, qui viennent d’Angers et vont jusqu’à passer la semaine avec nous.

- Delphine CATHELINEAU, copine d’enfance, qui vient de Tours avec les moyens disponibles !

- JP, mon père, qui vient de Clermont-Ferrand et a fait croire à son amie Laurence qu’ils iraient visiter Londres pour finalement être avec nous le jour J.

 

La chance d’être accompagné avant le jour J :

 

- Par le docteur FOULT et nos rencontres régulières.

- Par le club de Natation d’ABBEVILLE, et les facilités d’entraînements accordées : Fabrice, Olivier, Pierre-Emmanuel, Fred.

- Par les conseils judicieux de Jacques TUSET

- Par Freda et son équipe lors des entrainements en Angleterre.

 

 

3. Encouragements :

 

Là, je dois dire que j’ai été bluffé par le soutien massif dont vous avez fait preuve.

 

En plus de l'équipe, il y a eu tous vos messages de soutien et de félicitations de la famille, des amis de la table ronde, des collegues, jusqu’à l’accueil improbable et chaleureux au pied du cap GRIZ NEZ par Christine, ma mère, Maryse ACCOU, Quentin GOETGHELUCK et Jérôme VAILLANT, et en haut du cap de quelques personnes comme Xavier BRIOIS et Patrick PATTE.

 

Ces moments resteront gravés dans ma mémoire.

 

Merci à tous, cette traversée est aussi la vôtre.

 

 

Place au récit !

 

Vous trouverez en rouge celui d’Anne-Sophie réalisé quelques jours plus tard, ainsi qu'en vert celui de Jérôme.

 

Dimanche 14 juillet :

 

L’équipe est bientôt au complet.

 

Nous sommes installés au Varne-Ridge Holiday Park, un camping spécialisé dans l’accueil des nageurs de la Manche. Comme en 2008, nous sommes très bien accueillis par Evelyne et David (les propriétaires) qui ne ménagent pas leurs conseils.

 

Susan, une anglaise qui loge également au Varne ridge et rencontrée la veille, nage ce jour-là avec mon pilote Eric HARTLEY. Ils sont sensés revenir vers 17H.

 

Mon départ doit donc avoir lieu dans la nuit (vers 2h du matin) avec le même pilote.

Je vais me coucher pour dormir quelques heures avant le départ. Kitou me  réveille vers 19h et m’indique qu’il y a un problème : le bateau est toujours en mer au large de la France, le départ n’aura pas lieu cette nuit.

 

Nous sommes interloqués ; nous faisons toutefois contre mauvaise fortune bon cœur et nous partons du principe que la mer n’en sera que plus chaude quelques jours plus tard. Nous sortons au restaurant en attendant l’arrivée des derniers membres de l’équipe.

 

La soirée se déroule dans la bonne humeur et les membres de l’équipe font connaissance…

 

Plus tard dans la soirée, alors que je vais me coucher, Evelyne nous apprend le décès de Susan suite à sa traversée. Nous sommes tous sous le choc. Ma traversée semble par la même occasion compromise. Au regard de notre culture française, nous n'imaginons pas le pilote nous proposer de repartir dans la semaine. Je dors difficilement cette nuit là.

 

http://www.bbc.com/news/uk-england-23315992

 

Le lendemain matin, à la grande surprise générale, je reçois un SMS d’Eric :

 

« All ok for tomorrow. See you at 2h30 in the morning on the pontoon ».

Départ demain matin, rendez-vous au port à 2h30”

 

Branle-bas de combat :

Repas copieux le midi, somnifère pour dormir l’après-midi, re-repas copieux à 18h, re-somnifère pour dormir toute la soirée, re-re-repas copieux à 1h du matin, top départ vers le port de Douvres.

 

 

 

1h00 du matin (heure anglaise):

 

DSC02686L’équipe rejoint le port de Douvres depuis Capel-Le-Ferne à 2 voitures (2 conductrices, 7 personnes pour l’équipe et 1 nageur).

L’ambiance est concentrée mais détendue.

 

Deux autres bateaux (en plus du Pathfinder) sont à Quai, notamment l’Anastasia pour un relai.

 

Vu le nombre que nous sommes à bord, les autres bateaux s’interrogent et nous demandent d’ailleurs si nous partons pour un relai … !

 

Anne-so : "Après avoir fait connaissance la veille avec ta famille et tes amis je me suis dit que je n'allais pas m'ennuyer : c'était peu dire".
 Le départ même décalé d'une journée se fait dans la bonne humeur dans la marina de Douvres.

 

Jérôme: "Nous t'accueillons sur le parking du Varne Ridge, tu es super détendu..."

 

 

 

2h30 du matin :

 

P1100994Consignes du contrôleur, Keith. Il s’attarde surtout sur les règles de l’arrivée. On s’y croirait déjà…

 

Graissage et derniers encouragements avant la mise à l'eau (nuit noire mais mer calme). Briefing de Keith sur son rôle lors de la traversée : il insiste, il est uniquement "OBSERVER" : il n'est pas là pour nous donner des conseils, ni son avis ; il fera son job et uniquement son job, il nous explique les yeux humides qu'il était présent avec Eric, le pilote, lors de la traversée de Susan mais sans aucun détail. Il me dit qu'Eric est un très bon pilote. Tant mieux !

 

Le bateau s'éloigne du port de Douvres, et les explications de "l'observer" me semblent interminables car nous devons te préparer. Graissage et illumination de l'athlète qui s'échauffe avec un thera band, très pro...

 

 

3h15 du matin :

 

P1110003Mise à l’eau. Un peu fraîche mais supportable.

Je nage une centaine de mètres vers la plage de « Shakespeare Beach »; le projecteur du bateau éclaire ma route et dessine devant moi une petite bande de terre. Je sors complètement de l’eau sur une plage de petits galets, me retourne, fais signe au bateau que je suis prêt. Le Pathfinder me répond par un coup de corne de brume. Je retourne dans l’eau et commence à nager sur la droite du Pathfinder.

 

Je n’ai pas froid ; l’eau est très calme. De drôles de petites lumières vertes s’étincellent à chaque fois que mes bras touchent l’eau. On m’expliquera plus tard qu’il s’agissait d’algues phosphorescentes.

 

Mise a l'eau impressionnante de facilité, elle ne doit pas être si froide que ça... Le départ de la plage est magique...

 

3h30 du matin :

 

Changement de côté du bateau : les odeurs d’échappement, portés par la brise, viennent vers moi.

 

Le P***** nuage de fumée du Pathfinder se déporte vers toi. Changement de bord effectué très naturellement...

 

3h45 du matin :

 

P11100111er ravitaillement en moins de 25 secondes. C’est clair, on est au point !

 

Les premières heures sont pour nous une mise en route : organisation des ravitaillements toutes les demi-heures, il faut que chacun prenne ses marques aussi à bord. L'eau des thermos est brulante, on se fait prendre de court... on dilue le maxim, tu perds la moitié de la banane : ça commence bien !

 

Après consultation du menu, ton 1er ravitaillement t'est servi promptement, les bricolages fonctionnent, c'est rassurant...

 

1h00 de nage:

 

L’orée du jour commence à montrer son nez. Le deuxième ravitaillement se fait sans encombre.

 

P1110048Le deuxième ravitaillement, on transvase, on retransvase, et on reretransvase pour refroidir : résultat on en perd la moitié sur le bateau...
On oublie de prévenir le pilote, la ficelle se tend, elle s’emmêle ! On regarde la montre toutes les  5 minutes de peur de laisser passer l'heure... mais l'équipage est très réactif !


On nomme Cyprien responsable des horaires et de la communication avec le pilote : son alarme de téléphone  sonnera désormais à chaque Heure 12 et à chaque Heure 42 : histoire d'avoir le temps de préparer la mixture.

On bricole un entonnoir (à mettre sur la liste pour un nageur qui aurait besoin de conseil !!)


Ouf ! ça y-est ! Kitou et Jérôme sont dans le rythme pour la perche et la température de la boisson.

Moi, je m'occupe du tableau, je fais valider par Kitou chaque mot car c'est quand même elle le GRAND CHEF. OK, mea culpa, j'ai écrit en cursive... mais à la séance d'essai tu ne m'avais pas prévenu que je devais écrire en majuscules ! De toutes les manières, tu as dû t'approcher du bateau : il fallait bien que tu attrapes la bouteille de Candia.... et qu'on voit ta tête de près !


Les fautes d'orthographes : c'était pour voir si tu percutais bien !


Tu n'es pas très bavard... Très concentré, très régulier, tes ravitaillements sont très rapides (environ 30 sec).

 

La mer est d'huile. Je me dis que les conditions sont bonnes et que les entrainements étaient bien plus difficiles....

 

 

3h30 de nage :

 

N’y tenant plus, on finit par te demander comment tu vas !
" Bien, ça va bien".
Réponse courte mais positive !

 

 4h de nage :

 

La mer est toujours aussi calme ; le soleil est timide mais je n’ai pas froid ; mon coup de bras est régulier et je n’ai pas mal aux épaules. J’aperçois de nombreuses méduses mais elles sont toutes à plus d’1 m de fond ! Cela paraît presque trop facile… J’hésite à dire au ravitaillement que c’est une promenade de santé. Je fais bien de m’abstenir…

 

A partir de la 4ème heure de nage, j’ai le droit à une question simple à chaque ravitaillement (toutes les 30 mn). Il s’agit en effet de vérifier mon état de conscience. Exemple : Quels sont les prénoms des enfants de Jérôme ?

 

DSC02755A la quatrième heure, commencent les questions évaluant ta lucidité et j'en viens à expliquer l'aspect psychologique du tableau à Cyp !
Quelle question ? Quel commentaire ? Nombre de coups de bras par minute (sans S à la fin !). Temps nagé / temps prévisionnel restant, un peu d'humour...


On est resté longtemps sur 12 h prévisionnel ... en même temps on avait franchement du mal à évaluer le temps que tu mettrais. Keith, pour toute réponse, sans dire un mot a grimacé à ma question sur la possibilité de diminuer le temps prévisionnel.

 

Les filles préparent leurs questions. Nous comptons tes coups de bras toutes les minutes. Calmons-nous....

 

5h00 de nage :

 

DSC02808Ça se complique, les méduses sont plus près de la surface, mes épaules commencent à se faire sentir, mes jambes commencent à trembloter. Et histoire de corser le tout … voilà un banc entier de méduses, le pire jamais rencontré. Elles s’en donnent à cœur joie et flottent à la surface par troupeaux entiers !

Je dois nager la tête relevée ; elles sont espacées de moins d’un mètre les unes des autres. Je ne sais pas quelle trajectoire prendre.

Je me fais avoir par quelques filaments, puis finalement ça se calme.

 

Passage dans les méduses ! Aprés une tentative de slalom, tu passes à travers. Après tout, c'était prévu...

 

 

Tu réclames du Nurofen ( plus tôt que programmé...). Pour nous, première inquiétude : "Il a mal à l'épaule ! Va-t-il tenir le coup ?" Tu dis que tu commence à ressentir le froid mais "ça va" ...

 

 

6h00 de nage :

 

P1110094L’équipe m’indique que je viens de passer la moitié. Je sais maintenant que les courants vont s’inverser : au lieu de me pousser vers le  nord, ils vont me pousser vers le sud. Je ne me sens pas trop mal. Quelques douleurs d’épaules mais tout va bien.

 


Au milieu du rail. Toujours régulier dans ta nage. La trajectoire se précise pour une seule courbe et les moins de douze heures se dessinent…

 

C'est le moment de parler de l'équipage : INCROYABLE équipage en effectif COMPLET!!
 

DSC02783Tu m'avais dit "le père ! Il n'arrête pas ". Je comprends maintenant très bien le sens de cette remarque après la soirée passée au pub avec le nain et j'en passe ... mais sur le bateau à l'aller, "le père", il a moins fait le malin !

 

Jusqu'à la 8ème heure (heure fatidique d'abandon d'il y a 5 ans), " le père" est resté assez calme : en anorak + écharpe, prostré dans un coin à l'ombre du cockpit et surpris lui-même de ne pas nourrir les poissons (grâce à mon patch ou à la mer d'huile: on ne le saura jamais!).

Il ne préférait pas te regarder : ça le stressait de trop, le bruit régulier (même sans compter) de tes coups de bras sur l'eau lui suffisait.

 

DSC02753Pierrick : notre Calimero de service (il a l'air de bien retomber sur ses pattes et a su changer ses plans sans trop se faire prier en risquant gros avec ses associés et sa chère et tendre). Pierrick est donc finalement présent: pour ne rien rater de la traversée!

Il m'a avoué qu'il était resté plus pour t'entourer en cas d'échec que pour nous aider sur le bateau : ça c'est un vrai copain. Il passe du temps à essayer de débloquer son portable pour pouvoir téléphoner dans les eaux françaises à ses associés et leur annoncer qu'il serait finalement absent un, voire deux jours de plus (et je t'échange de puce, et je te ré-échange de puce et je navigue sur internet avec le tel de Delphine...).

 

 

DSC02752Delphine est notre photographe babacool. Elle établit le lien vital avec ta sœur, envoie des news (sauf que je ne lui ai pas donné le mail de Quentin): les photos sont très réussies.

 

 

 

 

 

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Cyprien : le métronome assis tranquillement à l'arrière du bateau (il médite ou il somnole ??) en tous les cas, grâce à lui, nous sommes prêts à chaque ravitaillement !

 

 

 

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Jérôme : le coach efficace et attentif, il ne laisse pas transparaître ses sentiments mais sait apaiser les inquiétudes des autres ... ça c'est un vrai coach !

 

 

 

 

 

 

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Kitou : l'EPOUSE ( en majuscule si tu permets ) et BIG CHEF comme je l'ai dit. Pour te dire, elle n'a lu que 4 pages de son bouquin !! T'imagines ?!! Toujours un œil sur toi, elle a managé l'équipe avec une douceur incroyable pour que tout ce petit monde trouve sa place.

 

 

 

 

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Keith (" the observer") est sympathique, discret, marqué par les évènements de la veille. Il note scrupuleusement tout sur son rapport : ce que tu manges, ce que tu bois, la quantité, les médocs, la température de l'eau (Pierrick, même fauché, était prêt à le payer pour avoir quelques degrés supplémentaires!), les algues, les méduses, le vent, la surface de l'eau, les bateaux que l'on croise, les dauphins, les phoques...

 

 

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Eric et son acolyte sont aux commandes avec comme direction le Cap Gris Nez en pilote automatique.
 

Kitou, Pierrick et le père nous rassurent sur tous " les mieux " par rapport à la dernière tentative: l'état de la mer, le soleil, ton rythme, ta bonne absorption et digestion.

 

Les heures passent….

 

7H00 de nage:

 

La température de l’eau est instable, je passe du chaud au froid environ toutes les 15 secondes… En revanche, il n’y a plus de méduses !

 

8h00 de nage:

 

Le rythme de coups de bras descend un peu mais reste correct.

Tu rentres dans l'inconnu au niveau temps passé dans l'eau, et là je gamberge...

 

9H00 de nage :

 

DSC02828J’ai l’impression que les côtes françaises ne se rapprochent pas. L’équipe commence à trouver mon visage marqué, mon crawl plus approximatif, je ne fais plus d’humour lors des ravitos… A la question « Où habitent Laurent et Perrine » ? Je réponds : Eaucourt, non… Long… Je ne sais plus, mais je ne suis pas loin…

Tu te trompes de réponse. Avec kitou, on se regarde, on se grimace, mais on te laisse repartir en te disant « c'est pas grave, Nico, continue ». En vrai, nous, on n’est pas tranquilles du tout ...

Delphine nous demande s'il faut te faire sortir comme le « contrat » le stipulait (surtout qu'avec le décès de Susan il n'était pas question de prendre des risques !). On lui baratine que ton nombre de coups de bras étaient encore très bon et qu'on va attendre les prochaines questions ... Notre vigilance redouble.

Quand tu te trompes sur la réponse, c'est vrai que cela jette un froid. Les filles spéculent et, durant 15 secondes, c'est le flou... C'est pas vrai… Il ne va pas s'arrêter là... En même temps, elles sont dures ces questions...

Ça me revient ! PONT-REMY !!! Je vous l’annonce lors d’une respiration, vous semblez rassurés…

Ouf... Avec Pierrick, nous nous disons qu'il t'en reste...
 


10H00 de nage: 

 A la question « Qui t’attend sur les côtes françaises ? », je réponds « On verra bien ». Vous ne semblez pas apprécier mon humour…

L’ensemble de l’équipe commence à s’inquiéter.

C'est à partir de là que tout devient confus dans mes souvenirs, tout se mélange... Les derniers ravitaillements, tu prends un temps fou à nous répondre, tu bois ton breuvage, tu manges ton jellybaby, tu as l'air de lire le tableau mais de ne pas intégrer les informations: c'est exaspérant, on aimerait se dire que tu fais exprès.

Sur le tableau, Je ne sais plus quoi écrire sur ton nombre de coups de bras de peur de te plomber le moral avec les 52 ... En fait, a posteriori, je pense que ça nous plombait plus nous, que toi.

 

DSC02812

 

L'ambiance devient un peu électrique sur le bateau, Estelle s'inquiète par SMS, la Terre nous harcèle (Quentin et ceux qui t'attendent : ta mère, quelques collègues, quelques amis...). Oui ! la Terre nous harcèle pour savoir où tu vas arriver, par téléphone, par SMS. Sauf que la Mer ne sait pas !!


Eric et Keath ne se prononcent pas clairement, ils sont prudents !

Tu nous demandes le temps qu'il reste. Tu a l'air excédé par les questions et je comprends. Nous t'annonçons un petit 2h et tu valides 1h30. C'est toi qui décides après tout....

10H25 :

Je devine vaguement Quentin, son drapeau et son gilet jaune au pied du phare avec les jumelles. Il me paraît encore très loin. Mes premières réponses sont évasives entre "Wissant et le cap, plutôt Wissant".

Je ne comprends plus rien au tracé du bateau ; avec l'inquiétude, j'ai un peu oublié le courant de dingue qui va faire dévier ta trajectoire sur la fin ! On avait pourtant révisé chez Jérôme tous les scenarii possibles.

La plage de Wissant est en face, elle paraît tout près, le cap est dans la brume très loin... mais petit à petit, on s'approche en crabe du cap.

Je demande à Keith où tu vas arriver : plutôt Wissant ou plutôt le Cap Gris Nez ? Il me répond :" le Cap"... dubitative, j'envoie un Nième SMS à Quentin (il n'est pas joignable car lui même envahi de coups de téléphone) en écrivant: le Cap.

Jérôme arrive à évaluer la distance avec le GPS d'Eric : il te reste environ 3 km.

L’équipage réfléchit pour te motiver mais sans te laisser croire que c'est déjà fini... Entre 11H30 (Pierrick est à fond pour te booster) et 11H45 ( kitou et moi plus de retenue ). Le choix s'arrête sur 11H45... il ne faut pas s'emballer trop vite !

Avec les courants si tu ne conserves pas les 60 CPM tu risques de voir le cap de très près mais de le louper ... et dans ce cas attendre la prochaine inversion de marée, scenario inenvisageable à notre avis car trop long pour continuer dans le froid qui engourdit déjà ton cerveau.
 
Tu lis le tableau : tu décides de finir sans plus t’arrêter pour un ultime ravitaillement... Tu ne réponds pas à notre question, tu la répètes à voix haute, tu la contournes, tu nous fais ch... à ne pas répondre !!! Et, s'il n'y a plus de ravitaillement pendant une heure, comment fera-t-on pour voir si tu vas bien !

 

10h30 de nage:

 

P1110151L’équipe m’indique qu’il ne reste que 3 km !

Je sais que j’arrive au bout, j’indique que je ne m’arrêterai plus, retrouve mon moral et relance mon rythme de nage.

La bonne surprise, tu repars avec plus de 60 CPM... grand soulagement! Avec Kitou et Jérôme, on ne finit plus de compter ton nombre de coups de bras pour se rassurer !!!

Dernier ravitaillement avec pipette turbo comme convenu et power hour. Mais, finalement, nous n'en savons rien … car le GPS ne cesse de pointer le cap une fois dans le zig une fois dans le zag...

Après, c'est interminable. Le bateau te cache l'objectif final. Durant un moment, nous t'envoyons vers le restaurant... puis des pêcheurs te barrent la trajectoire... et toujours cette dérive vers le sud...

11h15 de nage :

Le CAP GRIS NEZ est devant moi !

J’aperçois la petite embarcation du Pathfinder avec Jérôme à son bord pour m’accompagner jusqu’aux rochers.

Devant moi, j’aperçois un homme avec une chasuble. Serait-ce Quentin ? Ce serait trop fort ! Les derniers mètres passent tous seuls. L’eau devient trouble, le rivage net… ça devient bon !

 

Keath me dit que compte tenu de la dangerosité du point d'arrivée, tu n'es pas obligé de mettre les pieds hors de l'eau ; tu pourras te contenter de mettre la main sur les rochers et repartir... sauf que tu ne nous regardes plus, tu t'éloignes du bateau et tu files vers le rivage direct.

 

Je suis choisi pour monter dans la barque et je le prends comme un cadeau... P*****de barque qui démarre pas et va me faire rater ton arrivée... puis elle démarre enfin , puis elle cale de nouveau... Tu décides de partir seul et là je sais que personne ne pourra t'arrêter...

 

 11h22 :

 

image[2]Je touche le rocher. Quentin est à une dizaine de mètres de moi. Il faut que j’aille l’embrasser. Je tente de me lever sur les rochers mais c’est très coupant et mon corps a du mal à m’obéir.

 

Tu aurais pu nous choisir une plage ... mais tu ajoutes du piment à ton arrivée !

Tu te rapproches des rochers, pile en dessous du promontoire et de la falaise du cap gris-nez : on aperçoit une silhouette masculine en chemise blanche et 2 silhouettes féminines descendre dangereusement la falaise à pic pour te rejoindre et t'accueillir.

Je reconnais Jérôme Vaillant et on me dit qu'il y a ta maman et son amie Maryse.... je ne trouve plus Quentin!

Il m'a fait suer pendant les 2 dernières heures et il n'est pas là... ça m'énerve (t'imagines même pas). Mais tout à coup, au moment où tu touches enfin la France, je vois apparaitre Quentin en train de courir et sauter sur les rochers avec son drapeau et son gilet fluo.

 

Au même moment, Keith avec son humour anglais me dit trop tard:

"I think, I can tell you, he will make it"!


Ça y est, tu t’agrippes, tu marches en crabe, tu te lèves et tu te retournes vers nous pour lever les bras : j'ai les larmes aux yeux et une grosse boule dans la gorge. Je suis complètement hystérique et je ne suis pas la seule : tous fous sur le bateau, on saute, on crie, on applaudit. Le bateau est éloigné des cotes, je me sens complètement frustrée de ne pas être plus près pour voir ton visage.

 

J’arrive enfin à m’extraire complètement de l’eau ; je sais maintenant que l’épreuve est validée. Quentin, sacrément équipé (baskets, lunettes, drapeau français, chasuble haute visibilité…) saute vers moi de rocher en rocher ! Nous finissons par nous embrasser. Déboule de je ne sais où, ma mère qui m’embrasse aussi malgré la graisse de mouton, suivie de Maryse.  

Enfin Jérôme VAILLANT, qui sort également de je ne sais où est  là. Un vrai comité d’accueil pour une zone plutôt hostile !

P1110163

 

P1110178Rapidement, je m’inquiète des 10 mn de tolérance, je ne sais pas depuis combien de temps je suis sur le sol français. Nous échangeons trois mots et je retourne rapidement dans l’eau pour rejoindre l’embarcation.

Une fois sur le bateau, j’ai l’impression que tout le monde me saute dessus. J’ai les souvenirs engourdis mais je me rappelle pourtant d’un détail surtout : ce que j’avais pris, au sommet du Cap, pour une rangée de sapins, ce n’était rien moins qu’une quarantaine de personnes ! Postées derrière la balustrade qui assistaient à la scène.

 

 

Au retour sur le bateau tu es souriant, ralenti mais réceptif : OUF! tes neurones ont tenu le choc glacé. La tension peut redescendre. Pendant que certains prennent du temps pour s'isoler et relâcher l'intense pression, d'autres t'entourent et te réchauffent l'esprit !

Nico, c'était EXTRAORDINAIRE, tu m'as fait vivre un grand moment et on ne se lasse pas avec Quentin de se raconter notre version de l'Histoire: moi l'anglaise, lui la version française !

 
PS : ce que j'ai préféré, c'est inscrire la demi-heure du temps qui s'écoulait avec une demi-heure d'avance sur le tableau juste après chaque ravitaillement.
Écrire l'heure future a été mon fil rouge !

 

J'en pleure encore....

Je te remercie pour m'avoir fait participer à ton aventure sportive et humaine. Cela restera pour moi un des moments les plus importants de ma vie.

Chaque personne autour de toi, chaque évènement a eu son rôle dans ta réussite, mais c'est toi seul qui l'as fait !!!

 P1030939

Merci à vous.


 

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Published by BELOUIN NICOLAS
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commentaires

Patrick Huet 23/04/2016 21:27

Bonsoir,
Je prends "les vagues" avec un peu de retard, mais je viens tout juste de découvrir votre exploit.
Bravo !
Comme vous le dites, cela demande énormément de travail, d'entrainement et de persistance malgré les difficultés.

De mon côté, je suis plutôt versé dans la marche.
Ainsi ai-je longé toute la Seine à pied.
Je me suis demandé aussi s'il était possible de traverser la Manche à peid, en marchant sur le fond marin avec un scaphandre.

Dans un premier temps, j'ai préféré imaginé un roman dans lequel une héroïne s'entrainer puis se lancer dans cette aventure.

Il s'intitule "La traversée de la Manche, à pied et en scaphandre".

Je ne sais pas si je peux mettre un lien vers ce livre. A tout hasard, je vous le mentionne :
http://www.patrickhuet.net/livres/romans/la-traversee-de-la-manche-a-pied-et-en-scaphandre-presentation/

Cela dit, je ne serais pas contre l'idée de le faire un jour.
Une telle idée vous est-elle déjà venue ?
Bonne soirée.
Patrick Huet

Nicolas 28/04/2016 21:03

Bonsoir Patrick,
Merci pour votre commentaire.
Je vous invite à me contacter à ce mail: babswim@live.fr
Nous pourrons échanger plus facilement à cette occasion.
Nicolas.

Patrick Huet 23/04/2016 21:19

Bonsoir, je prends "les vagues" a

stefan le blond 25/01/2014 22:39

bravo mec...j y pe,ses souvent avec ma prothese de hanches mais bon, te bien entourer

Bernard Saillard et Marie-Claire 01/08/2013 18:47

Super félicitations pour ton aventure réussie. Vraiment bravo. Nous venons juste de lire tout ça et nous sommes fiers de toi. Gros bisous

Eric et Alain Les Sangliers Ardennais 29/07/2013 14:34

Nico, je t'ai dis lors de notre PRS 2 à Laon que tu étais complétement cinglé et je le pense toujours. Mais je suis super content de ta réussite. Je ne pensais du tout à une organisation aussi
importante. De toute façon, c'est tout à fait toi, quelqu'un de calme et très intelligent, et surtout hyper déterminé. félicitations à toi et à toute ton équipe pour cette superbe traversée.
Amicalement, tes potes Ardennais.